Courrier des lecteurs Dernières publications Exclusivité

L’autisme et l’intégration scolaire…

Je m’appelle Raphaël et j’ai 6 ans.
Je suis autiste.
J’ai été diagnostiqué à l’âge de 3 ans , quelques mois avant ma scolarisation dans l’école privée où j’ai suivi, par défaut, ma grande sœur.

Ma sœur a 9 ans maintenant. C’est une grande sœur adorable et digne de ce nom. Consciente de mes difficultés relationnelles, elle se faisait ma voix pour trouver des amis à l’école et sortir de ma « bulle ». Grâce à elle, j’étais accepté par mes camarades et parfois même invité à des anniversaires!!

Vous savez, c’est triste d’être autiste et de vivre « dans son monde ». Mais dans mon malheur j’ai la chance d’avoir une famille qui m’aime comme je suis, d’être un autiste joyeux, affectueux; et de n’avoir ni de gros troubles de comportement ni un retard mental.

Au contraire , on me dit que j’ai de bonnes capacités. Oui c’est vrai et c’est même écrit noir sur blanc dans mon dossier médical.
Si vous ne me croyez pas je peux vous le montrer. Parce que moi je dois toujours donner des preuves, je dois montrer que je suis capable et « à la hauteur ». Je dois me justifier sans cesse pour convaincre certaines personnes que j’ai le droit d’exister dans ce monde de gens « normaux » sans trop les déranger.

Je suis donc scolarisé depuis 3 ans et je n’étais pas toujours le bienvenu dans mon école. On avait beaucoup de craintes – non fondées – parce que le mot autiste fait toujours penser à un enfants « à problèmes ». Mes parents et ma sœur ont souffert de me voir souvent exclu comme si j’étais un enfant perturbateur, violent ou dangereux.

Et moi j’ai souffert de passer un temps scolaire toujours abrégé, je ratais beaucoup d’heures d’apprentissage. Et je n’avais pas le droit d’aller à la récréation ni à la cantine par exemple.

Et à la fin de chaque année, mes maîtresses disaient « Raphaël a bien progressé, mais l’écart se creuse entre lui et ses camarades ».

C’était vrai tout cela. Je progressais parce que j’aime beaucoup aller à l’école et j’étais toujours réceptif et épanoui quand on s’occupait bien de moi.
Quant à l’écart avec mes camarades, c’est normal aussi.
Ils ne sont pas autistes, moi je le suis.
Ils ont le droit à un temps scolaire de 24 heures, moi j’ai le droit à 12 heures seulement.

Et malgré ces différences, je progressais beaucoup et je montrais aussi mes capacités qui sont énormes dans certains domaines. Je sais par exemple compter jusqu’à 999, j’impressionnais mes camardes qui m’appelaient « le champion des chiffres ».

Honnêtement, je me suis débrouillé comme j’ai pu avec ce monde où pendant 3 ans on n’acceptait pas ma présence de peur que je fasse mal aux autres ou que je me mette en danger…

Durant ces 3 ans où j’allais à l’école privée – où on était censé aider le plus pauvre et le plus faible – tout le monde disait à papa et maman:
« Pourquoi vous insistez avec l’école privée? Vous aimez vous faire torturer apparemment… Allez à l’école publique, vous serez mieux là bas. Vous n’aurez pas trop de questions à vous poser quant à l’accueil de votre fils. L’école publique a plus de moyens pour accueillir les enfants handicapés ».

Du coup, mes parents ont pris la dure décision. Et ils m’ont inscrit à l’école publique de mon quartier. Un grand changement que je devais accepter, et je l’ai fait malgré la grosse difficulté des autistes à accepter les changements.

J’ai quitté l’école privée, et j’étais séparé de ma grande sœur chérie, avec l’espoir d’être enfin mieux accueilli dans l’école publique qui m’accorderait tous mes droits.

Mais non. Là aussi je me vois arriver dans ma nouvelle école comme un cheveu dans la soupe. Aucune préparation, aucun moyen déployé, même pas la présence de l’AVS à mes côtés le matin de la rentrée.

En cette première semaine j’ai été négligé, jugé et exclu. Je n’exagère même pas.

Je me suis retrouvé tout seul dans un univers que je ne connais pas et j’ai essayé de m’en sortir comme je le pouvais. Je vous l’assure, c’était dur dur mais je l’ai fait .

Dans la cour j’étais heureux de jouer à la marelle comme Tchoupi et ses amis (un dessin animé que j’adore).

Et malgré les changements qui étaient énormes, je me suis bien comporté.
À part une petite crise le matin de la rentrée pour ne pas aller en classe – car moi je voulais plutôt rester dans la cour pour continuer de jouer à la marelle – la maîtresse a dit à ma mère que la matinée s’est bien passée.

Mais dans l’après midi mon AVS est arrivée. Encore un changement qui m’a perturbé. Elle aussi a paniqué en me découvrant, et elle a tout de suite tranché:
« J’ai travaillé 6 ans avec des handicapés mais pas aussi difficiles que Raphaël!! »

Elle m’a jugé au bout de 3 heures passées ensemble. Oui seulement 3 heures au cours d’une après midi où j’étais fatigué à force d’essayer d’assimiler les grands changements autour de moi.
Nouvel endroit, nouvelles habitudes, nouveaux visages…

Mon AVS n’a pas essayé de comprendre que j’étais tout seul dans ce monde tout nouveau. Et avec ça , je me suis bien comporté avec ma maîtresse et mes camarades.

Pour mon AVS, je n’étais pas « à la hauteur ». En classe, elle voulait absolument que j’écrive mon prénom comme un grand garçon qui rentre au CP.
J’ai refusé, le graphisme étant ma plus grande difficulté. Elle ne pouvait pas le savoir parce qu’elle ne me connaissait pas. Mais elle insistait pour que j’écrive. Moi aussi j’insistais dans mon refus et j’ai jeté le crayon par terre, alors elle l’a trop mal pris.

Dès qu’elle a vu maman, elle lui a raconté toutes les « bêtises » que j’ai pu faire pendant ces 3 heures. Maman était chagrinée d’apprendre cela .

Après une bonne discussion, ma maman a promis à l’AVS et à la maîtresse de leur envoyer mon éducatrice privée qui me connait bien. Elle va leur parler de moi, les former en donnant des méthodes et des outils. L’année passée ça a trop bien marché avec mes anciennes maîtresse et AVS.

Ma maîtresse et mon AVS actuelles étaient tout à fait preneuses de cette offre et ma maman était enfin rassurée que tout ira bien.

Elle disait qu’il fallait aussi laisser le temps à tout le monde de prendre ses marques et surtout de prévoir une bonne réunion de l’équipe pédagogique et éducative pour préparer mon année scolaire comme il se doit. Cette réunion aura lieu bientôt.

Elle a demandé aussi que l’AVS soit avec moi tout le temps parce que c’est mon droit accordé par la MDPH: 100% du temps scolaire et pas seulement 12 heures qu’ils m’ont accordées, dispersées par ci et par là.

En attendant la réunion et le changement du planning de l’AVS, mon éducatrice privée est venue à l’école . J’étais très content de la revoir , ça faisait longtemps depuis le confinement.
En plus , enfin quelqu’un que je connais dans ce monde où je ne connaissais personne!!

Apparemment tout le monde était ravi de son intervention. Et moi je pouvais espérer enfin un bon dénouement pour cette rentrée bien chaotique.

Mais non. Encore une déception…

Décidément on n’en finira pas avec les déceptions…

Quand ma maman est venue me chercher à la sortie, l’AVS lui a dit que ma maîtresse avait à lui parler. Ma mère a eu peur et m’a demandé qu’est ce que j’ai pu faire encore??
Vous savez quoi? Je ne sais même pas raconter ce qui s’est passé, je suis un autiste non verbal, je ne sais pas dire si j’ai fait du mal, ou si on m’a fait du mal. Je ne sais pas me plaindre et je ne sais pas interpeller les gens quand ça ne va pas; mais eux ils savent trop bien le faire.

Avec maman, on a donc attendu sagement que ma maîtresse finisse avec mes camarades qu’elle remettait à leurs parents. Et là elle venue parler à maman et lui a demandé de me garder le jeudi après midi parce que mes camarades eux ils iront à la piscine pour apprendre à nager, mais moi je suis autiste, apparemment je n’ai pas le droit…

L’AVS ne sera pas là le jeudi après midi, donc difficile de m’emmener avec eux. Je comprends bien sûr la difficulté, ma mère aussi. Et elle a proposé de m’accompagner elle-même. Mais non, c’est interdit. Le mieux sera donc que je reste à la maison. Et pourtant ça m’aurait plu moi d’aller à la piscine, j’adore l’eau et j’aimerais apprendre à nager.
Mais non n’est pas important qu’un petit autiste comme moi apprenne la natation.

Encore une chose, je ne suis pas accueilli à la cantine non plus. On attend que le PAI (plan d’accompagnement individuel) soit mis en place. C’est la mairie qui doit s’en occuper mais ils ne sont pas pressés malgré les relances de mes parents…

Finalement, je n’ai rien gagné en quittant l’école privée pour aller à la sacro-sainte école publique où tout le monde doit obtenir ses droits…

Aujourd’hui, c’est le jour de mon ESS, la fameuse réunion où on doit étaler tous ces problèmes et chercher à les régler.

J’espère que tout ira bien et que mes droits seront respectés. J’espère que mes parents n’auront pas à mener encore une guerre. Croyez moi, ils sont trop fatigués à force de se battre pour moi.

Merci de faire tourner mon histoire, j’aurais peut être le soutien d’une personne qui saura faire bouger les choses pour m’aider.

Merci de tout cœur.
Raphaël.

Courrier écrit par Mr et Mme Groussard publié avec leur autorisation.

S. MORVAN
Fondateur et rédacteur en chef de DS Le Mag' Numérique, il est avant tout passionné par le milieu du spectacle vivant et l'art sous toutes ses formes... Ayant également la plume facile, vous pourrez retrouver ses écrits dans différentes rubriques du magazine... Bonne lecture!

3 Replies to “L’autisme et l’intégration scolaire…

  1. Je soutiens la famille Groussard c’est un enfant qui fait bien son travail mieux que beaucoup d’autres enfants faites le vôtre svp

Laisser un commentaire